Résumé :

«Au temps d’avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et le reste, c’était le bonheur, la vie sans se l’expliquer. Si l’on me demandait “Comment ça va ?” je répondais toujours “Ça va !”. du tac au tac. Le bonheur, ça t’évite de réfléchir. C’est par la suite que je me suis mis à considérer la question. À esquiver, à opiner vaguement du chef. D’ailleurs, tout le pays s’y était mis. Les gens ne répondaient plus que par “Ça va un peu”. Parce que la vie ne pouvait plus aller complètement bien après tout ce qui nous était arrivé.»

G.F.

 Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son «petit pays», le Burundi, ce bout d’Afrique centrale brutalement malmené par l’Histoire.

Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d’orage, les jacarandas en fleur … L’enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.

Gabriel est un jeune garçon d’une dizaine d’année. Il a grandi au Burundi avec sa sœur. Il est le fils d’une réfugiée rwandaise et d’un expatrié français. Ses préoccupations sont bien éloignées du rêve de sa famille, retourné dans leur pays d’origine, loin du Burundi. Mais ce pays existe-t-il encore ? Au travers de son regard d’enfant, on découvre le Burundi et le Rwanda pendant une sombre période de leur histoire.

Ce livre m’a profondément touché. C’est une partie de l’histoire dont je n’avais pas connaissance. Et le découvrir au travers du regard d’un enfant, c’est forcément touchant. Gabriel est tiraillé entre ses parents. Tandis que sa mère et sa famille souhaitent retourner au Rwanda et encensent une période révolue depuis longtemps, son père lui, ne voit que le côté matériel que lui a apporté sa nationalité française. Le train de vie n’est pas le même que s’il était resté au pays. Le jeune garçon lui ne connaît qu’une vie, celle du Burundi, de son quartier avec ses amis. Comment lui demander de regretter ce qu’il n’a jamais connu ?

On reconnaît bien en Gabriel un enfant qui n’a connu que ses privilèges et vit un peu en dehors de la réalité. Et pourtant, il a une certaine naïveté enfantine. Il essaie de se conformer à ce qu’on attend de lui sans vraiment y parvenir.

Dans une époque aussi troublée, chacun réagit à sa façon, selon ses valeurs et ses croyances. Mais lorsque l’on a une dizaine d’année, comment peut-on réagir à ce déchaînement de violence ?

La psychologie des personnages est bien travaillée. Je les comprends complètement et j’avais mal pour eux tout au long du récit. Difficile d’être indifférent à la souffrance d’un enfant. Comme eux, on vit les boulversements, sans croire que tout cela est possible. Et pourtant. On parle de racisme et de haine tout au long du roman.

Ce livre m’a amené à réfléchir. Parce que si aujourd’hui c’est une époque révlue, la haine de l’autre est toujours présente. Et on ne sait pas ce qui peut arriver. Alors un peu d’ouverture d’esprit ne fait pas de mal. Et c’est avec ce genre de livres et d’écrivains qu’on pourra peut-être faire changer les esprits.

Note : 8,5/10

© Elwee

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